L’entretien vidéo différé gagne de l’ampleur dans les processus de recrutement. Utilisé comme entretien de pré-selection, souvent en remplacement d’un premier entretien téléphonique, il consiste à demander aux candidats de répondre à une série de questions en se filmant puis en déposant leurs vidéos sur une plateforme.

Cet outil est très plébiscité pour le gain de temps qu’il procure à la fois au recruteur et au candidat : pas besoin de convenir d’un rendez-vous commun, le candidat peut répondre quand il le souhaite. Le recruteur ne paramètre qu’une fois les questions à poser et visionner un entretien vidéo lui prend deux fois moins de temps qu’un échange téléphonique. Cette solution permet aussi au recruteur de mieux percevoir certains soft skills du candidat.

Toutefois, cet outil a souvent été accusé d’amplifier les discriminations dans le processus de recrutement, exposant les recruteurs à de nombreux biais. Alors, pour recruter de façon inclusive, l’entretien vidéo différé est-il une bonne ou une mauvaise idée ?

Des éléments qui favorisent l’égalité de traitement …

Plus de candidats pré-selectionnés qui peuvent mieux démontrer leurs compétences

Parce cette technique génère un gain de temps pour les recruteurs, ils sont plus enclins à faire sélectionner des candidats pour cette étape, y compris des profils atypiques. Cette technique permet d’augmenter de 20% le nombre de candidats accédant ainsi à cette phase de pré-selection.

De plus, l’entretien vidéo différé permet au candidat de mettre en avant ses motivations et des compétences qui sont difficilement évaluables sur le CV. A condition que le recruteur se concentre sur les critères pertinents par rapport au poste, c’est donc une occasion supplémentaire pour les candidats de prouver qu’ils ont les bonnes compétences, techniques comme comportementales.

Des candidats soumis aux mêmes questions et aux même contraintes

Les conditions imposées par un entretien vidéo différé font que tous les candidats répondent aux mêmes questions, formulées de la même façon et dans un cadre standardisé, avec les mêmes contraintes de temps. Le recruteur peut donc plus objectivement comparer leurs réponses.

Pouvoir visionner plusieurs fois les réponses des candidats

Enfin le fait de pouvoir revisionner les vidéos permet de contrer un biais cognitifs courant dans le recrutement : L’effet de récence. Il consiste à avoir mieux en tête le dernier entretien que l’on a fait passer par rapport au premier. Ici, les recruteurs peuvent revisionner les réponses pour prendre leurs décisions sur des données réelles, non déformées par notre mémoire.

… à condition que les recruteurs soient conscients des biais auxquels ils s’exposent !

La vidéo n’est pas un outil pertinent pour évaluer certains soft skills

Néanmoins, il est vrai que l’entretien vidéo différé expose les recruteurs à de nombreux biais. Tout d’abord, le choix du cadre, de la tenue, l’effort de présentation générale du candidat, sont des éléments qui ne sont pas pertinents pour tous les postes. Si porter attention à ces éléments est une qualité recherchée pour un poste de commercial ou de communicant par exemple, elle l’est beaucoup moins pour un poste d’informaticien, ou de mécanicien.

Le risque est que les recruteurs portent une attention accrue à la qualité de la vidéo, au soin de la présentation, à la gestuelle du candidat, à sa capacité à créer un contact à travers l’écran … plus qu’à d’autres compétences ou qualités qui sont pourtant plus importantes sur le poste pour lequel ils recrutent.

L’exercice ne place pas les candidats sur un même pied d’égalité

L’importance de l’aisance et du soin porté à l’apparence dans ce type d’exercice active nécessairement des biais chez les recruteurs. Selon leur vécu et leurs expériences, les candidats ne sont pas tous préparés à ce genre d’exercice pour lequel la forme compte énormément, parfois bien plus que le fond. Cela peut certes être également le cas lors d’un entretien physique, mais c’est encore plus vrai avec un exercice où il faut se filmer.

Un exercice plus difficile voire impossible pour certains candidats

Promouvoir l’entretien vidéo-différé comme passage obligatoire de son processus de recrutement, c’est nier le fait que les candidats ne sont pas tous égaux en matière d’accès à une connexion internet ou même au matériel requis pour filmer. Tous les candidats n’ont pas un ordinateur portable ou un smartphone, et s’ils en ont, ils ne sont assurément pas tous de même qualité. Cela peut amener à dévaloriser certaines candidatures, alors même que cela n’a rien à voir avec les compétences requises pour le poste.

De même, pour être pleinement inclusives, les plateformes gérant ces entretiens vidéo différés doivent être conçues en prenant en compte leur accessibilité pour des candidats en situation de handicap.

En conclusion :

Si l’entretien vidéo différé semble mettre les candidats sur un même pied d’égalité en les soumettant à une même situation et aux mêmes questions, cet outil ne peut être considéré comme inclusif que si les recruteurs sont fortement sensibilisés aux biais auxquels ils s’exposent à travers cet exercice. De plus, ce type de recrutement nécessite un minimum de matériel de la part des candidats et c’est à l’entreprise de s’assurer qu’ils sont tous en mesure de pouvoir y répondre.