Initiative. Créé en 2007 en France, Mozaïk RH compte 35 salariés et cinq agences dont une à Nantes
Presse Océan Nantes - lundi 27 mars 2017

Père du cabinet de recrutement Mozaïk RH, Saïd Hammouche valorise les jeunes de banlieue en les rapprochant des entreprises.

Question : En 2007, de quel constat est né Mozaïk RH ?

Saïd Hammouche : « Du poids des préjugés et d’une série de dysfonctionnements. On considère que les jeunes des quartiers défavorisés sont à 45 % au chômage parce qu’ils ne se lèvent pas le matin. C’est une analyse simpliste. Il s’agit d’abord d’un problème de connexion entre ceux qui cherchent un emploi et ceux qui ont besoin de recruter. Les premiers ne possèdent pas les réseaux, les seconds ne songent pas à puiser dans le vivier des banlieues. »

Quels profils vous intéressent ?

S.H. : « Les quartiers ont des talents. Nous aidons les diplômés à la recherche d’un emploi. Ils ont la motivation et les compétences mais ne possèdent ni les codes d’un processus de recrutement, ni les réseaux. Nous aplanissons ces difficultés. »

Constatez-vous le poids de la discrimination ?

S.H. : « La question de la diversité masque en réalité celle de la pauvreté. Quand on est modeste, on reste dans les quartiers pauvres. Les femmes sont les plus touchées. Si vous venez d’un quartier réputé difficile, même avec un diplôme et que vous êtes noir ou d’origine maghrébine, l’accès au travail se complique. Ce n’est pas le racisme qui pose problème mais bien l’exclusion sociale dans une société qui pratique l’entre-soi. Moins les jeunes sont en contact avec le monde du business, moins ils ont de chance d’y accéder. »

Comment procédez-vous ?

S.H. : « En allant convaincre les entreprises du potentiel de ces jeunes. Au départ, nous étions à l’écoute pour comprendre les attentes de ces entrepreneurs, leurs exigences. La plupart des groupes du CAC 40 par exemple, avec qui nous travaillons ont révisé leurs méthodes de recrutement. Voici encore une dizaine d’années, les jeunes diplômés issus des quartiers ne franchissaient pas le premier seuil du recrutement. En les valorisant, nous avons contribué à faire évoluer les mentalités. Quant aux entreprises, elles bénéficient de leur énergie. »

À qualifications égales, quels sont les atouts de ces jeunes ?

S.H. : « La banlieue que nous connaissons chez Mozaïk RH n’est ni celle de la délinquance ni celle de la victimisation, mais au contraire celle qui est portée par une forte dynamique. Maintenant le défi est celui de l’inclusion économique. Ne pas reconnaître les qualités de cette population nuit à l’économie nationale. C’est un gâchis. »

Avez-vous reçu des soutiens politiques ?

S.H. : « On attend trop des seuls politiques. En dix ans, les 50 milliards investis dans les politiques d’urbanisation laissent un sentiment de frustration. C’est aussi aux citoyens, aux entrepreneurs, d’agir. Regardez l’efficacité de Xavier Niel, incubateur d’envergure mondiale, ou de Richard Descoings qui a ouvert Sciences Po aux jeunes des quartiers. En 10 ans, le résultat est probant : grâce à ce dispositif, ces élèves issus des quartiers populaires peuvent intégrer la haute fonction publique ou des postes prestigieux dans le privé. »

L’idéal serait la disparition de Mozaïk RH. Cela signifierait la fin des préjugés.

S.H. : (Rires) « Jamais je n’aurais imaginé que nous aurions 35 salariés et cinq agences, dont une à Nantes et la dernière ouverte à Toulouse en lien avec Airbus. Outre les grandes entreprises, nous travaillons désormais avec les PME qui nous sollicitent. Notre offre est plus complète. Notre objectif est de passer de 500 à 5 000 recrutements par an. Nous en sommes déjà à plus de 4 000 placements et à 13 000 jeunes accompagnés. De plus en plus d’entreprises voient ces jeunes non comme un problème, mais comme une solution. Le jour où nous arrêterons Mozaïk RH, nous aurons gagné la partie. »

 

Propos recueillis par Frédérique Bréhaut

Mozaik RH 23, rue Yves Toudic 75010 PARIS
SIRET : 502 119 449 00069 APE 7010Z